09/08/2013

Le plus vieil emblème de la bastide Saint-Louis offert en 1981 au Musée des beaux-arts par notre association dort dans ses réserves

carcassonne cité 015.jpg
Carcassonne,
ville médiévale parmi les plus célébres au monde possède des trésors cachés,
comme en témoigne cet article du Midi-Libre* daté du 14 mai 1981.

Provenant de la
Maison du Sénechal.jpg
Maison du Sénéchal,
(située rue Aimé Ramond),
cette pierre du XIVe siècle qui comporte une très ancienne représentation
de l'emblème de la Bastide Saint-Louis
"L'Agneau Pascal",
reposerait dans les réserves du
Musée juillet 2013.jpg.JPG
Musée des beaux-arts
après son acquisition en 1981 par notre association.

Peut-être pourrait-elle être mise en valeur dans un lieu emblématique de la ville basse
comme l'Office du tourisme ou l'Hôtel de Rolland ?
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*Archive: Académie des Arts et des Sciences de Carcassonne
Photos: Chroniques de Carcassonne
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musée des beaux-arts de carcassonne,association des amis de la ville et de la cité de carcassonne

Fragment du sceau rond de Carcassonne (65mm). Revers.
Un agneau pascal au nimbe crucifère.
Appendu à une adhésion au procès du pape Boniface VIII,
Montpellier, 25 juillet 1303. Archives de France, J 478, n°3.

musée des beaux-arts de carcassonne,association des amis de la ville et de la cité de carcassonne
L’avers présente une enceinte de ville fortifiée.
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Documents: Charles Peytavie
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Commentaires

A l'origine, comme nous le voyons, "l'agneau pascal" à la tête tournée vers la croix de la bannerette qu'il tient. Aujourd'hui, il a dans le blason de la ville basse la tête droite tournée vers l'Orient. La signification "héraldique" peut être différente. Peut-on me dire à quand remonte ce changement de port de tête et pourquoi? La curiosité peut être un défaut si elle débouche sur des interrogations sans réponse!

Écrit par : Michel | 09/08/2013

L’iconographie choisie pour figurer sur le sceau d’une ville est toujours riche de sens.
Le choix de l’agneau pascal par la ville de Carcassonne s’inscrit dans un contexte bien particulier. A ma connaissance, seul l’historien Christian de Mérindol s’est penché récemment sur la question. D’abord, il remarque que ce symbole est commun à trois villes du midi de la France touchée par la Croisade albigeoise au XIIIe siècle : Toulouse à partir de 1214, Narbonne dès 1219, Béziers dès 1226. Le message envoyé par les édiles locaux dans ce contexte est clair : il s’agit d’un appel à la paix et à la concorde et de montrer que ces villes sont désormais bonnes catholiques ; elles souhaitent officiellement manifester publiquement leur fidélité à l’Eglise romaine.
Dans le cas de Carcassonne, nous sommes en présence du revers d’un second sceau rendu public au moment de l’adhésion au procès de Boniface VIII en 1303. Dans ce cas-là, en s’appropriant ce thème religieux (l’Agneau de Dieu au nimbe crucifère), il s’agit toujours pour les représentants locaux de manifester leur orthodoxie alors que la ville connaît une période de troubles sans précédent causés par les agissements des inquisiteurs Jean Galand et Nicolas d’Abbeville. En s’en prenant aux notables locaux, ils ont déclenché en 1300 « la rage carcassonnaise » (selon la formule de leur confrère Bernard Gui). Autour du franciscain Bernard Délicieux et d’un consul du Bourg Elie Patrice (« le petit roi » de Carcassonne toujours selon le même Bernard Gui), un groupe de bourgeois carcassonnais entretient l’agitation contre les Dominicains. Elle atteindra son point culminant en août 1303 lorsque le Bourg de Carcassonne se soulève. Des maisons sont détruites et la pression est telle sur les inquisiteurs que les prisonniers du Mur, la prison inquisitoriale à l’extérieur de la Cité, sont transférés à l’intérieur de celle-ci sur ordre du commissaire royal Jean de Picquigny.
Or l’agneau pascal figure sur un sceau appendu à un acte de juillet 1303. Dans ce contexte plus que tendu, les consuls de la Cité continuent de manifester leur attachement à l’Eglise au moment où une rébellion urbaine se déploie localement contre les inquisiteurs.
La situation va vite dégénérer. Un complot se met en place contre le Roi de France. Découvert, il provoque la pendaison à Carcassonne en novembre 1304 de quarante limouxins et l’arrestation des meneurs carcassonnais Bernard Délicieux, Elie Patrice et Aymeric Castel. Quatorze carcassonnais (dont Elie Patrice) sont eux-aussi pendus pour l’exemple le 28 septembre 1305 au gibet de la ville et le consulat de Carcassonne est supprimé par l’autorité royale.
On remarque au passage que l’Agneau pascal qui apparaît sur ce second sceau de 1303 vient se substituer au motif de la fleur de lys omniprésent sur le premier sceau de Carcassonne qui remonte lui à 1226 au moment où Carcassonne intègre le domaine royal capétien.
La présence des fleurs de lys sur la clé de voûte conservée au musée semble confirmer une date postérieure aux troubles du début du XIVe siècle.

Écrit par : Charles Peytavie | 11/08/2013

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